Je m'appelle Aung Pyi, sur cette photo j'ai 19 ans et suis né à Old Bagan, en Birmanie. Je suis conducteur de horse cart et c'est avec une certaine fierté que je suis devenu propriétaire de mon véhicule et de mon cheval. Cette jument n'a pas vraiment fière allure, mais pour 700 euro, je ne pouvais pas espérer mieux. Elle n'a pas de nom, mais je la considère malgrè tout comme ma meilleure amie car c'est grâce à elle que je peux vivre et nourrire ma mère. A 42 ans, cette dernière ne peux plus travailler à la fabrication artisanale de laques car sa vue baisse, alors c'est moi qui assure le quotidien. Je gagne une dizaine de dollars américains par jour, quand ça marche bien, c'est à-dire quand les touristes sont là. Sinon, durand la saison des pluies notamment, il ne faut pas compter sur le moindre Kyat birman.
Nous vivons dans une petite maison en bois d'une trentaine de mètres carrés que vous classeriez plutôt dans la catégorie des cabanes. Elle n'a que 2 pièces : la première sert toute à la fois de cuisine, de salle à manger, de séjour et chambre pour ma mère et moi. Une petite pièce aux murs de bambou tressé sert de chambre à l'une des soeurs de ma mère et son mari, ce qui leur assure un minimum d'intimité.
De mon côté, pas de copine ou de fiancée : je n'ai pas encore les moyens d'y penser; j'ai une sécurité financière à assurer à ma famille. Et puis mon histoire familiale ne me motive pas vraiment à me lancer. Mon père m'a laissé à ma mère quand il nous a abandonné pour une autre femme à qui il a fait de nouveaux enfants. Il a été un mauvais père, au penchant un peu trop prononcé pour l'alcool, et j'en garde le souvenir dans ma chaire grâce à la pierre qu'il m'a jeté à la tête (j'avais sêché l'école...) et qui m'a valu quelques jours à l'hôpital. Depuis, parfois j'ai des trous de mémoire, mais ça je n'arrive pas à l'oublier.
Ma mère a été bonne pour moi et sa piété bouddhique l'a aidée à surmonter les virages de sa vie. Elle a dû en avoir du courage quand les représentants locaux de la junte militaire nous ont demandé, ainsi qu'à tous les autres habitants de la ville, de partir pour faire de Old Bagan un espace touristique préservé. Nous avons eu 48 heures pour sauver tout ce que nous pouvions et pour nous installer à 5 kilomètres de là, dans un champ d'arachides devenu depuis la ville de New Bagan.
Pourtant j'aime mon pays et n'ai aucune envie de le quitter. Je voudrais juste que le gouvernement et la police me laisse prospérer et vivre libre. Je reste droit dans mon longyi, cette sorte de longue jupe traditionnelle, et ne rêve ni de jean's ni de discothèques. Mâcher de la noix de béthel me suffit, et tant pis si cela me ronge les dents. Il y a bien une chose de chez-vous que j'aimerais posséder, un i.pod. Je sais pas trop bien comment ça marche, mais ce serait tellement bien d'avoir un peu de musique quand se prolonge l'attente dans mon horse cart.